Solidarité Handicap Autour des Maladies Rares
Interview Temoignage

Témoignage de Laurette



Laurette est une jeune femme qui a eu un parcours d'étudiante exemplaire.

Elle a obtenu les diplômes désirés afin de réaliser son métier. Je vous laisse découvrir son histoire en quelques lignes et ses problèmes liés à la discrimination dans la recherche d'un nouvel emploi.


Histoires d'entretiens


Il y a quelques mois, j'ai décidé de démissionner du poste que j'occupais pour rejoindre mon compagnon dans un autre coin de France. J'ai entrepris de chercher un nouvel emploi dans cette région. C'est une démarche qui n'est jamais facile, et qui s'avère encore plus instructive lorsque l'on est atteint d'ostéogenèse imparfaite.

Quelques précisions permettront de situer le contexte des expériences que je vais relater. Je travaille dans le domaine de l'agronomie, c'est-à-dire des sciences et techniques relatives à l'agriculture. C'est un milieu où il n'y a pas si longtemps, on ne trouvait pas beaucoup de femmes… alors un bout de femme haute d'1,20 m et armée de cannes anglaises, c'est assez peu commun. Ceci dit, on y rencontre comme partout des personnes que le handicap met mal à l'aise, d'autres que ça apitoie, que ça intrigue, que ça étonne, d'autres encore qui y sont indifférents.

Le cadre étant sommairement posé, voici deux des expériences d'entretien d'embauche que j'ai vécues.


« On recrute des neurones »


Cet entretien-là s'est d'abord déroulé de façon très habituelle : présentation, discussion autour de mon parcours, de mes compétences et de l'emploi proposé… Mon profil « collait » bien avec le poste, et d'un point de vue professionnel la discussion était positive. J'ai ensuite voulu aborder la question de ma « particularité physique », l'expliquer et mettre au clair et les conséquences éventuelles qu'elle aurait pour ce travail, ou qu'elle n'aurait pas. Mon auditoire m'a alors rapidement coupé la parole : « ne vous inquiétez pas, on recrute avant tout des neurones ». J'ai quand même tenté de glisser quelques précisions, mais pour le jury ce n'était visiblement pas un sujet qui méritait discussion. Lorsqu'on m'a téléphoné pour me dire que je n'étais pas retenue, j'ai évidemment demandé quelques explications. « Nous avons pensé que vous auriez des difficultés pour aller sur le terrain, et nous ne pouvons nous permettre de mettre à votre disposition un autre collaborateur pour vous aider dans les situations où cela aurait été nécessaire ». Et moi qui croyais qu'ils recrutaient des neurones ; les miens fonctionnent encore à peu près me semble-t-il ? Evidemment, ça laisse une bonne dose de frustration, pas tant de n'avoir pas obtenu le poste que de sentir un flou autour de cette décision. J'étais prête à entendre et comprendre qu'un poste requerrait des capacités physiques que je n'avais pas : cela arrive en agronomie, où certains emplois impliquent d'aller beaucoup dans les champs. Mais des zones d'ombre persistaient dans ce cas précis. D'une part, les raisons invoquées ne tenaient, de mon point de vue, pas trop la route : ce poste impliquait relativement peu de « terrain », et on trouve toujours quelqu'un pour donner un coup de main le cas échéant. D'autre part, d'autres avaient décidé ce que je pouvais faire ou non, sans me laisser m'exprimer sur le sujet.

Morale de l'histoire : lever les tabous, que l'auditoire y consente de bon gré ou non ! Ca n'aurait sans doute rien changé à l'issue de cette aventure, mais au moins j'aurais eu le cœur net quant aux véritables mobiles de ce qui venait de se produire. Le jury était sans aucun doute de bonne foi, persuadé du bien fondé de sa décision, je crois qu'il n'a pas eu vraiment conscience de son malaise devant la différence et de son incapacité à le dépasser et à rationaliser. Sans vouloir employer des grands mots, je crois que ce jour-là j'ai saisi ce qu'était la discrimination, et son caractère insidieux.


« On a vu que vous étiez atteinte d'un handicap »


Nouvel épisode, qui commence comme celui cité précédemment. Sauf qu'au terme de la conversation professionnelle, c'est le jury qui a abordé la question, de façon simple et tranquille. « On a vu que vous étiez atteinte d'un handicap, pouvez-vous nous en parler ? Votre état de santé est-il stabilisé ? Dans quelles limites pouvez-vous vous déplacer ? » etc. « Soyez sûre que si vous n'êtes pas recrutée, ce ne sera pas à cause de votre handicap ». Voilà, c'était dit, et surtout c'était dit de façon sincère. La discussion était franche et sans détours, sans questions indiscrètes ou détails inutiles non plus. C'était appréciable !

Résultat : je suis recrutée !


Voilà. Rien d'extraordinaire, un bout de vécu qui fait avancer sur le chemin de l'acceptation, de la bienveillance, de l'amour au sens large… de soi par soi et par les autres.