Solidarité Handicap Autour des Maladies Rares
Interview Temoignage

Témoignage de Frédérique


HARCELEMENT MORAL...jusqu'à ma pendaison

Ma stupeur fut  grande lorsque j’ai appris la nouvelle, Frédéric avait tenté de mettre fin à ses jours ! Horrifiée par son geste, mais surtout envahie par ce sentiment d’injustice qui revient si souvent, j’ai tenté immédiatement une mise en contact afin de mieux comprendre !

Comment peut-on en arriver là ? Comment peut-on prendre une telle décision ? Que nous ne jugeons pas, mais que nous regrettons.

Nous n’avons rien vu venir, comme c’est souvent le cas, mais nous ne voulons plus qu’une telle situation se reproduise.

C’est donc aux yeux de tous que nous allons laisser Fred s’exprimer sur sa descente vers le fond du gouffre.

Annie

  

Que dire de ce geste qui n'est pas anodin, qui n'est pas non plus un appel au secours.

Pourquoi vouloir en finir, quitter les personnes qui m'aiment et que j'aime..?

M’enlever ce goût de la vie, cet état de « gaieté » pour aller jusqu'à me supprimer.
Le ras-le-bol de toujours être en train de me justifier, combattre la maladie, d'une part, et me battre pour travailler, d'autre part. Cinq ans, oui, pendant cinq années je me suis justifié sur mon pouvoir et vouloir travailler de nouveau. C’est vrai, qu’il me faut un aménagement de poste (digne de ce nom..), voir un reclassement.

Pourquoi tous ces refus de mes employeurs, pourtant c’est une collectivité locale, qui ce nomment « MAIRIE », donc pourquoi..?
Toutes ces positions négatives qui me rongent petit à petit, ainsi que les problèmes financiers qui s'ajoutent vu ma situation de malade étant en arrêt, et la progression (silencieuse) d’une maladie orpheline,

« La maladie de BUERGER ».
Et pourquoi tant de haine, de mépris sur mon compte..? Je ne comprends pas !!!!

Parce que je suis malade, mais d’une pathologie non visible (du moins tant qu'il n'y a pas encore d'amputation..), se déclarant par la main droite, puis la gauche, puis les pieds, les articulations, la pleurésie et cette neuropathie de trois de mes orteils.

NON, je ne suis pas un tire au flan, un fainéant qui ne cherche qu'à rester chez moi à ne rien faire, tout en percevant une rente.... A tout ça, s'ajoute une hernie discale cervicale qui, malgré l'infiltration, continue de me titiller, m'obligeant à envisager l'opération.
Je me ronge petit à petit, même si je parle un peu de chaque chose...ne m'étalant pas sur le sujet, je garde toujours en moi du négatif. J’ai pourtant une famille formidable, des amis, la médecine du travail, « l'A.I.M.B » (association de la maladie de BUERGER) et depuis peu « Solhand » (l’Association Solidarité Handicap)
Au mois de Juin 2008, je croyais, que j’arrivais au bout,du tunnel, même si pendant la réunion du 03 Juin 2008, j’ai reçu des menaces du Maire ainsi que du Directeur Général, de me conduire au tribunal, de me faire surveiller par mon chef,  j'ai donc intérêt de poursuivre correctement mon travail.

Les retards, même d'une minute, seront sanctionnés par  un blâme, pour moi, cette fois j'arrivais au bout.... Je travaillais en silence.
Tous ceci n'étant que le début d’un véritable harcèlement....
Il y a eu la visite, à l'improviste, de la médecine du travail afin de voir mes conditions de travail (sachant qu'il ne me faut pas de froid donc protection des mains et des pieds, pas d'utilisation de matériels vibrants (ponceuse, perceuse..), pas d'outil prolongé dans les mains, tel que tournevis, marteau), le mercredi 24 Décembre 2008, vers 10H00. Thermomètre à la main, le Docteur et l'infirmière font le tour de l'atelier, espace qui se trouvait en plein courant d'air, les deux grandes portes étant restées ouvertes depuis l'embauche de 8H00, déjà  un point négatif pour la commune, puis ils m'ont demandé ce que j'avais comme protections aux mains contre le froid, réponse de ma part: « une paire de gant simple en cuir, ainsi qu'une paire de sous gant personnel ». Puis ce fût au tour des protections des pieds, hors mis les chaussures de sécurité, « deux paires de chaussettes »

Puis il a été énoncé les différents travaux que je réalisais à l'atelier: « celui de magasinier, ainsi que la remise en état des bancs (en réserve), des volets pour une remise à « neuf » etc….

Pourtant je n'avais pas le droit d'utiliser de matériel vibrant, je n’avais pas non plus de bonnes protections des mains et des pieds contre le froid.

Le tout a été signalé au chef présent ainsi qu’à la Mairie par le biais d’un rapport.

La réunion du Lundi 12 Janvier 2009 à 11H00 dans le bureau du DGS avec un de mes chefs, a été le détonateur, c’est là que tout s'est déclenché, la goutte qui a fait déborder le vase……

Le rapport reçu de la Médecine de Travail a été largement contesté, tout semblait être de ma faute, jusqu’aux portes ouvertes ce jour là, laissant le froid pénétrer dans l’atelier.

Je vous passerais tous les détails sordides qui m’ont été reprochés ensuite, ces quelques phrases raisonnent encore dans mes oreilles :

« Vous savez Monsieur, votre  cas, j'en ai par dessus la tête, il y a plus de 40 employés, heureusement qu'ils ne font comme vous,  je suis en train de m’occuper de votre cas justement !  J’ai passé mon week-end à potasser ce livre de droit et je vais m'y remettre, ça ne me gène pas.

La collectivité serait plus tranquille si vous retourniez en arrêt de travail ou en invalidité, je suis en train de voir ça, nous porterons  plainte pour diffamation et nous ferons en sorte de vous mettre dehors !!! »

Que penser dans ces moments là, lorsque l'on a rien fait, que l'on se fait incendier jusqu'à entendre ces mots « arrêt de travail, invalidité, plainte pour diffamation, faire en sorte de me faire virer….».

Une grosse boule s'installe alors au creux de la gorge, de l'incompréhension, et ce n'est toujours pas terminé... Malgré mon opposition sur ce qui a été dit contre moi, il a enchaîné encore et encore……
J'ai parlé avec ma femme de ce que je venais de vivre lors de cette réunion, mais j'en ai gardé beaucoup, au  risque de déclancher une dépression sans que je ne m'en rende compte... je me remémorais tout ce qu'il avait dit, tous les problèmes rencontrés avant, le tabac qu'il a fallu que j'interdise (malgré la loi passée) non sans mal, les douleurs que j'avais de plus en plus, à en pleurer le soir devant mes enfants, tous ces combats et tout ce que je devais justifier... le mercredi 14 après-midi je n'ai fais que pleurer, j'ai pris mon téléphone vers 16H30 et j'ai appelé l'infirmière de la Médecine du Travail... j’ai laissé un message sur son répondeur et lui ai dit au revoir, en pleurant, lui renouvelant un grand  merci de tout ce qu'ils (elle et le Dr) avaient fait pour moi et que je m'excusais, mais je n'en pouvais plus.....
J'ai attendu que mes collègues partent, j'ai pris un fauteuil, la corde à laquelle j'avais déjà fait le « noeud du pendu », je l'ai attachée à la poutre en acier de la mezzanine (lieu où je travaillais à ranger l'éclairage de Noël) en étant sur la pointe des pieds, sur les accoudoirs du fauteuil et heureusement (bien que malheureusement sur le moment) un collègue est revenu pour chercher quelque chose et a vu ce que je faisais, il a été cherché le chef, qui était à l'extérieur de l'atelier.

Il est rentré, a monté les marches en me demandant ce que je faisais à cet instant précis, mais moi j'avais déjà la corde autour du cou, serrée et lorsque je l'ai vu venir vers moi, je lui ai dit « laisse moi » en faisant basculé le fauteuil et puis le trou noir..... Jusqu’à du mal à respirer, la corde qui s'enlève, et mon chef tout blême, qui n'en croyait pas ses yeux.

Après un long moment, nous avons parlé de mon geste et du pourquoi !!!

Je lui ai donné mes raisons, les choses méchantes que m'avait dit le DGS en lui tendant le papier que j'avais écrit pour expliquer mon geste, pour celui qui me trouverait mort.

Il m'a proposé de me raccompagner chez moi, à plusieurs reprises, mais j'ai refusé lui disant que je n'avais pas terminé mon travail... puis il a téléphoné au DGS pour lui dire ce que je venais de faire, et je suis rentré à pieds jusqu'à chez des amis afin qu’ils me ramènent chez moi. Pas de médecin, pas de pompiers.... tout ce que je sais, c'est que le DGS a appelé mon médecin traitant pour lui dire ma tentative de suicide en l'accusant presque d'en être la cause... je trouve ça GROS, ABSURDE, et je me dis que si le DGS n'a pas appelé les pompiers, ce n'est que pour une chose : étouffer l'affaire.
Ce n’est que le lendemain que l’on m’a transféré aux urgences et j’ai été immédiatement hospitalisé.
Je finirais par dire que je suis content d'être encore en vie, et que le fait de ne pas avoir appelé les pompiers le soir même afin d'étouffer l'affaire, c'est une faute professionnelle, on appelle ça « non assistance à personne en danger »
Frédéric  41 Ans